Non aux JO de Paris 2024 !

Textes et appels

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JO de Paris : « Il est irresponsable de dilapider l’argent public dans une opération de prestige pharaonique »
Collectif — 15 septembre 2020 – Lemonde.fr
Une trentaine d’intellectuels et de personnalités politiques, parmi lesquels Isabelle Barbéris, Luc Ferry, Fabien Ollier, Annie Sugier et Jacques Testart, s’insurgent, dans une tribune au Monde, contre le maintien des Jeux olympiques de 2024, source de gaspillage et de pollution qui bafoue l’idéal de l’olympisme.

Avec la crise sanitaire provoquée par l’épidémie mondiale de Coronavirus, le budget des Jeux de Paris 2024 prévu à 6,6 milliards d’euros va, selon la ministre des Sports, subir « sans doute des dépassements de coûts » (AFP, 4 mai 2020). Londres en 2012 avait dû débourser 6 milliards d’euros supplémentaires (total de 11 milliards), Rio en 2016 23 milliards (total de 33 milliards) et Pékin en 2008 29 milliards (total de 32 milliards) (Le Monde, 25 février 2015). Les Jeux de Tokyo 2020 présentés comme un « modèle de maîtrise budgétaire », invalident aussi la mystification des Jeux « sobres » : leur report en 2021 à cause du Covid devrait coûter entre 2 et 5 milliards d’euros et faire exploser le budget qui pourrait avoisiner les 18 milliards en fin de partie (Rfi.fr, 18 mai 2020).
Une fois encore, la réalité somptuaire de la grande kermesse sportive contredit le mythe olympique. Pour Anne Hidalgo, les Jeux de Paris sont même devenus une « affaire d’État, pas juste une affaire de fédérations sportives » (Le Figaro.fr, 19 juillet 2020). Celles-ci s’efforcent pour le moment de « redorer leur image » ternie par une succession de scandales qui écornent la « grande fête de la jeunesse ». 40 fédérations sont en effet directement impliquées dans les 177 affaires de pédocriminalité recensées par le ministère des Sports (Lemonde.fr, 1er juillet 2020). Au palmarès des violences sexuelles, le sport français détient déjà un triste record…
Une question doit être alors posée : l’État n’a-t-il rien de mieux à faire que de s’aligner sur un « idéal olympique » depuis longtemps rongé par l’affairisme, la corruption, le dopage endémique et son économie criminelle (privée ou d’État) ? À défaut de pouvoir enrayer les crises en cascade que subissent les Français, l’État n’a pas vocation à garantir la santé financière des partenaires ou sponsors officiels des Jeux. Les JO de Paris, comme tous les Jeux précédents, bénéficient essentiellement à la multinationale olympique (CIO) qui se comporte exactement comme les GAFAM en détournant le code du travail et de l’urbanisme, en pillant les ressources publiques et en plumant les contribuables. Conçus et organisés comme une vaste campagne de communication marketing que dissimulent les habituels slogans sur les « valeurs du sport », ils n’ont d’autre but que de légitimer les intérêts mercantiles du CIO et sa colonisation de l’espace public.
Alors que l’État est déjà lourdement endetté et que la chute drastique du PIB, la faillite de nombreuses entreprises, l’augmentation massive du chômage vont hypothéquer les capacités d’investissement dans les secteurs prioritaires des services publics, des hôpitaux, de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, des transports publics, il est irresponsable de dilapider l’argent public dans une opération de prestige pharaonique utilisée de surcroît comme une manœuvre de diversion politique au nom de l’union sacrée derrière « nos champions ».
La pollution de Paris classe régulièrement la capitale française parmi les villes du monde les plus intoxiquées. Les centaines de milliers de touristes qui viendront par avion pour « célébrer les festivités » en utilisant massivement des réseaux de transport déjà largement congestionnés, délabrés et régulièrement en panne provoqueront, en plein mois d’août caniculaire, d’énormes pics de pollution. Les prétendus « Jeux verts » établiront ainsi un bilan carbone record et se transformeront, comme toujours, en cauchemar quotidien pour les habitants.
Alors que le pôle « sécurité des Jeux » n’est jamais budgété et qu’il est fréquemment sous-évalué comme l’ont prouvé les JO de Londres, l’addition finale pour les JO de Paris 2024 supposés « magiques » ou « à visage humain » sera à coup sûr considérablement alourdie, ce dont les Franciliens seront les premières victimes (selon plusieurs économistes, les budgets des Jeux olympiques d’été depuis 2004 ont été, en moyenne, multipliés par 3).
En cette période de crise globale profonde, il est impossible de laisser l’économie de casino olympique faire main basse sur des ressources budgétaires déjà limitées. Celles-ci doivent être allouées aux besoins prioritaires du pays et non au spectacle sportif et à ses fastes médiatiques où s’exhibent des athlètes en service commandé au profit du CIO, de ses sponsors et annonceurs. Le traditionnel couplet de la « trêve olympique » et de « l’amitié entre les peuples » sonne faux quand on connaît la mascarade de la « paix des stades » où d’honorables délégations de régimes totalitaires, de dictatures policières, de théocraties islamistes, d’États autocratiques viennent chercher une légitimité internationale en participant à la course aux médailles dans une démocratie. En acceptant que des femmes voilées intègrent les épreuves olympiques, le CIO bafoue sa propre Charte et piétine la grande cause mondiale qu’est l’égalité de droit entre les femmes et les hommes.
Aussi nous appelons les forces politiques et syndicales, les associations citoyennes, les organisations de défense des droits de l’Homme, les organes de presse et leurs journalistes, les autorités morales à dénoncer le projet de Jeux olympiques en France en 2024. Il est encore temps pour les forces progressistes de proposer pour le « monde d’après » d’autres projets culturels, écologiques, sociétaux et économiques que le dogme olympique de la compétition de tous contre tous. La lutte contre le réchauffement climatique, la dégradation de l’environnement et de la biodiversité, la détérioration des conditions de travail, les inégalités sociales, la précarité des populations déshéritées, autant d’impératifs qui doivent mobiliser toutes les ressources de la Nation et s’imposer prioritairement face au spectacle de la guerre olympique.

Signataires : Isabelle Barbéris, maître de conférences habilité à diriger des recherches en arts de la scène ; Gilles Bataillon, directeur d’études à l’EHESS ; Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’Université Bordeaux-Montaigne ; Jean-François Braunstein, professeur de philosophie contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III ; Pascal Bruckner, philosophe et écrivain ; Paul Cesbron, gynécologue-obstétricien, secrétaire de la Société d’Histoire de la Naissance ; Angélique Christaki, psychanalyste, habilitée à diriger des recherches à Paris XIII-Sorbonne ; Rodolphe Christin, sociologue et essayiste ; Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre et psychanalyste au Conseil national de protection de l’enfance ; Anne-Lise Diet, psychologue, psychanalyste, analyste de groupe et d’institution ; Emmanuel Diet, philosophe, psychologue et psychanalyste ; Bernice Dubois, présidente d’honneur de la Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes ; Georges Federmann, psychiatre et écrivain ; Luc Ferry, philosophe, ancien ministre de l’Éducation nationale ; Christophe Fourel, économiste ; Christian Godin, philosophe ; Pauline Iarossi, docteure en philosophie ; Michel Imberty, président Honoraire de l’Université de Paris Nanterre ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles ; Catherine Louveau, professeure émérite de sociologie à l’Université Paris Sud UFRSTAPS ; Serge Martin-Desgranges, directeur territorial, professeur associé des universités ; Guy Mérigot, Secrétaire de rédaction de la revue Topique ; Sophie de Mijolla-Mellor, philosophe et psychanalyste, professeur émérite Université Paris-Diderot ; Mahmoud Miliani, professeur agrégé d’EPS à l’UFRSTAPS de Montpellier ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ? ; Laetitia Petit, maître de conférences habilité à diriger des recherches en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II ; Christian Schmidt, professeur émérite d’économie à l’Université Paris Dauphine; Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, écrivain ; Françoise Schwab, historienne, Paris ; Jacques Sédat, psychanalyste, membre d’Espace analytique ; Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes ; Jean Szlamowicz, linguiste et traducteur, professeur à l’Université de Bourgogne ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Jacques Testart, biologiste et essayiste ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin international, lauréat de l’Académie des sciences ; Patrick Vassort, maître de conférences en sociologie à l’UFRSTAPS de Caen, Laurence Werli, doctorante en histoire des sciences à l’École des hautes études en sciences sociales.

 

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Non à la dilapidation de l’argent public dans les Jeux de Paris 2024 !

Lorsque le 13 septembre 2017, à Lima, Paris fut choisie par le Comité International Olympique (CIO) pour organiser les Jeux de 2024, la classe politique française quasi unanime – de la gauche à la droite communiant dans le même « idéal fédérateur » – commença à fantasmer sur le « rêve olympique » supposé enchanter la France, à l’unisson du président Macron, grand adepte de la mythologie sportive, de l’épopée du Tour de France et des « premiers de cordée ». Les Jeux, parés de toutes les vertus, furent alors présentés comme une aubaine économique et une « révolution écologique ». Nombreuses créations d’emplois, afflux de touristes, rénovations des transports, modernisation urbaine, « Jeux verts et vertueux », « limitation de la pollution », les promesses mirobolantes n’ont pas manqué. 55 millions d’euros, dont la moitié aux frais des contribuables (Lefigaro.fr, 18 janvier 2018), venaient d’être engloutis pour défendre le dossier « de rêve ».

 

L’ardoise olympique

Après la longue crise sociale des Gilets Jaunes, le mirage olympique se heurte aujourd’hui au principe de réalité avec d’importantes coupes budgétaires, l’endettement public croissant, la crise endémique de l’hôpital public et du logement qui risquent de peser comme un fardeau économique et social. Pour les pays organisateurs en effet, le coût des Jeux a toujours dépassé l’optimisme des estimations officielles en provoquant un endettement massif – le dépassement moyen est de 179 % (Le Monde, 12 septembre 2017). La ville de Montréal (JO 1976) n’a remboursé ses dettes de 942 millions d’euros qu’en 2009. En 1992, Barcelone a dû éponger 800 millions d’euros, Sydney, en 2000, 1,5 milliard d’euros. Les JO d’Athènes en 2004 ont coûté 13 milliards d’euros au lieu de 4 milliards et la dette publique de la Grèce a augmenté de 2 à 3 %. En 2016, l’État de Rio de Janeiro, en faillite, accusait une dette de près de 5,6 milliards d’euros. Quant aux JO de Tokyo 2020 qui servent de référence à Anne Hidalgo (« Tokyo est un modèle pour Paris », AFP, 29 février 2016), un rapport publié par le bureau d’audit du gouvernement japonais fait état d’un budget de 25 milliards de dollars américains, soit près de quatre fois le montant initialement annoncé en 2013 (Leparisien.fr, 11 avril 2019). L’ardoise de cet impôt olympique est évidemment supportée in fine par les citoyens et les collectivités locales.

Pour Paris 2024, qu’en sera-t-il ? Les services de l’Inspection générale des finances (IGF) prévoient déjà un déficit d’exploitation de la piscine olympique de 500 000 euros par an et estiment le dérapage financier de l’État à 500 millions d’euros au moins (Leparisien.fr, 13 mars 2018 ; Le Canard enchaîné, 2 mai 2018). La ville de Paris s’est engagée à investir 145 millions d’euros mais sa dette devrait dépasser les 7 milliards en 2020 en raison d’une gestion irresponsable des frais de fonctionnement de la mairie, des opérations Paris Plage et du service Auto-lib entre autres (Capital.fr, 12 mai 2017). Toutes les villes candidates au label « Terre des Jeux 2024 » sont en train d’investir dans des infrastructures de prestige qui ne seront jamais rentabilisées. À Issy-les-Moulineaux, une cité des sports pour les épreuves de tennis de table et de handball va coûter 69 millions d’euros (Leparisien.fr, 12 juillet 2019). Le conseil départemental de l’Oise va débloquer 20 millions d’euros pour que certaines communes deviennent des bases d’entraînement olympique (Leparisien.fr, 17 juillet 2019). La communauté d’agglomération de Vichy va investir 21 millions dans la rénovation d’un plateau sportif tandis que la région Auvergne-Rhône-Alpes compte allouer 24 millions pour créer un « pôle performance » au Creps (Lamontagne.fr, 1er août 2019). Marseille compte dépenser 22 millions d’euros pour aménager le stade nautique du Roucas-Blanc censé accueillir les épreuves olympiques de voile (AFP, 16 septembre 2019).

Dans le même temps le CIO qui a engrangé des profits colossaux fiscalement optimisés grâce à des lois d’exception (5,7 milliards de dollars de revenus – droits télé, sponsors – sur la période 2013-2016, selon son rapport financier 2017), bénéficiera d’une manne inespérée. Grâce au vote quasi unanime de l’Assemblée nationale pour garantir que « les Jeux olympiques seront organisés à la satisfaction du CIO et aux conditions exigées par celui-ci » (article 33 de la Charte olympique signée par les États auxquels sont attribués les Jeux), le CIO fait main basse sur Paris (Le Canard enchaîné, 22 novembre 2017). Tous les sponsors de la holding aux cinq anneaux (Coca-Cola, Toyota, Panasonic, Samsung, Alibaba, etc.) pourront occuper gratuitement l’espace public sans verser de redevance aux municipalités qui sont pourtant déjà obligées de rogner sur tous les budgets de fonctionnement et d’investissement. Alors que des plans d’austérité frappent tous les services publics parce que les caisses de l’État sont déclarées « vides », la World Company olympique sera complètement exonérée d’impôts, à l’image d’autres multinationales adeptes de l’optimisation fiscale. La publicité du CIO sera autorisée sur les monuments historiques classés et dans un périmètre de 500 mètres autour des sites des épreuves. De multiples dérogations aux procédures d’urbanisme permettront de livrer les constructions de « villages », stades, pistes, piscines, gymnases dans des délais records alors que des équipements de première nécessité pour la vie des Français – crèches, écoles, universités, hôpitaux, casernes de pompiers, centres culturels, transports – sont insuffisants ou se dégradent par manque d’investissement (Le Monde avec AFP, 12 décembre 2017). Des « voies royales » de 166 kilomètres permettront à la « grande famille olympique » de se déplacer sur des axes réservés pour la modique somme de 124 millions d’euros selon l’IGF, alors que les Franciliens étouffent dans les bouchons et que leurs transports en commun sont délabrés, sales et complètement inadaptés à leurs besoins quotidiens (Le Canard enchaîné, 4 avril 2018).

 

Le mensonge des Jeux révolutionnaires

Pour combler l’écart entre le « rêve olympique » et la réalité, la maire de Paris, le chef de l’État et le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) dirigé par Tony Estanguet (270 000 euros brut par an) et l’expert en business sportif Étienne Thobois (260 000 euros brut par an) communiquent désormais à grands frais sur le « nouveau modèle des Jeux » de Paris 2024. « Des Jeux révolutionnaires, à la fois spectaculaires et durables » car « le sport a le pouvoir de tout changer » ! « Une célébration universelle et fédératrice » pour « révéler l’athlète qui sommeille en chacun de nous » ! « Des Jeux au service de tous, pour inspirer les générations futures et laisser un héritage positif aux individus et à la société » (paris2024.org).

Ces slogans mystificateurs de la communication olympique cachent mal l’opération de captation des finances publiques au profit d’une corporation privilégiée d’athlètes marchandisés, transformés en panneaux publicitaires. Ces Jeux ne seront ni « économiques », ni « populaires », ni « verts », ils seront organisés comme d’habitude par une caravane multinationale itinérante qui laisse à chaque olympiade dettes et pollutions !

Nous appelons donc à contester la campagne de désinformation olympique. Nous demandons aux élus et maires, associations écologiques, forces politiques et syndicales démocratiques, organisations du sport scolaire et du sport pour tous de refuser de donner un chèque en blanc au CIO, de combattre les dispendieux projets olympiques et de le faire savoir. Après Toronto, Hambourg, Boston, Rome et Budapest, qui ont refusé d’être les bailleurs de fonds complaisants du CIO, Paris 2024 ne doit pas être le chantier de la dilapidation de l’argent public. Les fastes du spectacle olympique et l’exhibition éphémère de délégations (10 000 athlètes triés sur le volet, accompagnateurs et officiels) dont certaines représentent des États qui ne respectent ni les droits humains fondamentaux, ni le droit international, ni le droit des femmes, ne peuvent justifier l’accaparement des ressources budgétaires au détriment des besoins impérieux de la République française : santé publique, urgences hospitalières, recherche, éducation, services publics, transports (voir par exemple le rapport 2019 alarmant de l’Établissement public de sécurité ferroviaire), environnement, lutte contre la pollution, solidarité sociale.

 

Signataires

Isabelle Barbéris, maître de conférences et HDR en arts de la scène ; Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’Université Bordeaux-Montaigne ; Gérard Bras, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie, président de l’Université Populaire des Hauts-de-Seine ; Pierrette Bras, bibliothécaire ; Jean-François Braunstein, professeur de philosophie contemporaine à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III ; Gilles Bui-Xuân, professeur émérite à l’Université d’Artois UFRSTAPS ; Paul Cesbron, Gynécologue-Obstétricien, secrétaire de la Société d’Histoire de la Naissance ; Angélique Christaki, psychanalyste, HDR à Paris XIII-Sorbonne ; Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre et psychanalyste au Conseil national de protection de l’enfance ; Anne-Lise Diet, psychologue, psychanalyste, analyste de groupe et d’institution ; Georges Federmann, psychiatre et écrivain ; Christian Godin, philosophe ; Jacques Gleyse, professeur émérite à l’Université Montpellier II UFRSTAPS ; Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’Université Paris Ouest Nanterre ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles ; Patrice Leroux, psychologue ; Laurent Loty, historien des idées et des imaginaires scientifiques et politiques au CNRS ; Catherine Louveau, professeure émérite de sociologie à l’Université Paris Sud UFRSTAPS ; Jean-Christian Mazzoni, professeur de gestion de patrimoine ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ? ; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille ; Robert Redeker, philosophe ; Pierre Roche, historien de l’éducation ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Jacques Testart, biologiste et écrivain ; Yves Vargas, philosophe ; Patrick Vassort, maître de conférences en sociologie à l’UFRSTAPS de Caen ; Emmanuelle Walter, maître de conférences en sciences sociales appliquées au sport à l’UFRSTAPS de Reims.

 

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JO 2024 : Paris est une fête… de la corruption olympique ?

Huffington Post, 13 septembre 2017

Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III
Pascal Bruckner, philosophe et écrivain
Luc Ferry, philosophe, ancien ministre de l’Éducation nationale
Christian Godin, philosophe
Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ?
Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées

À la suite d’un accord financier conclu cet été entre la mairie de Los Angeles et le Comité international olympique (CIO), et après le renoncement de tous les autres concurrents pour des raisons budgétaires (Toronto, Boston, Hambourg, Rome et Budapest), Paris sera aujourd’hui 13 septembre désignée sans surprise ville organisatrice des Jeux olympiques 2024 par Thomas Bach. Vainqueur par forfaits successifs, le Groupement d’intérêt public « Paris 2024 » peut se targuer d’avoir dépensé en deux ans un budget de candidature évalué à près de 100 millions d’euros (dont 10 millions d’abondement exceptionnel de l’État) pour triompher sans gloire, soit presque l’équivalent de ce que la France a déjà dilapidé en pure perte dans les candidatures de Lille 2004, Paris 2008 et 2012, et Annecy 2018 (120 millions d’euros). Alors que les préparatifs vont bon train pour fêter cette victoire en trompe l’œil – deux écrans géants et une installation avec les anneaux olympiques place du Trocadéro, des concerts, des déclarations d’athlètes, etc. –, le CIO et plusieurs fédérations sportives nationales et internationales affiliées font l’objet d’enquêtes pour corruption dans le cadre d’affaires liées à des achats de voix, de détournements de fonds, d’évasion fiscale, de matchs truqués ou de dopage en bande organisée. Bien loin de célébrer l’entrée de Paris dans une « nouvelle ère olympique », Anne Hidalgo, désormais soutenue par tout le gouvernement de MM. Macron et Philippe, s’apprête à livrer la capitale à des institutions gangrenées depuis fort longtemps par des pratiques maffieuses.

Après le scandale des votes truqués pour les Jeux d’hiver de Salt Lake City en 2002 et les soupçons qui pèsent encore sur l’attribution des Jeux de Londres en 2012, c’est au tour des Jeux olympiques 2016 à Rio et 2020 à Tokyo de susciter doutes et interrogations. Le Parquet national financier français (PNF) en lien avec le fisc américain a ouvert depuis décembre 2015 une enquête visant Lamine Diack – membre du CIO de 1993 à 2013 et ex-président de la Fédération internationale d’athlétisme – et son fils Papa Massata Diack dont les rôles auraient été de distribuer 1,5 millions de dollars de pots-de-vin versés par l’homme d’affaires brésilien Arthur Soares sous la forme de « paquets » pour influencer les votes (Lemonde.fr avec AFP, 1er mars 2016 ; AFP, 6 septembre 2017). La justice brésilienne s’est elle aussi saisie du dossier et enquête désormais sur un « réseau international de corruption » qui implique d’ores et déjà Carlos Nuzman, ex-membre du CIO et actuel président du Comité national olympique brésilien. Celui-ci aurait organisé l’achat de voix au sein du CIO pour obtenir en 2009 l’attribution des Jeux aux dépends de Madrid, Tokyo et Chicago (AFP, 9 septembre 2017). Le Monde révélait lors de sa vaste enquête sur les « Panama Papers » que l’ancien sprinteur namibien, Frankie Fredericks, scrutateur pour le CIO afin d’assurer le bon déroulement du vote, avait reçu 299 300 dollars via une société de consulting de l’IAAF (Yemi Limited) le jour même de l’élection de la ville hôte (Lemonde.fr, 3 mars 2017). En ce qui concerne les Jeux de Tokyo 2020, les interrogations du PNF portent sur des versements de 1,3 millions d’euros susceptibles de provenir du comité de candidature de Tokyo vers la société Black Tidings de Papa Massata Diack (AFP, 16 mai 2016). Deux virements intervenus aux mois de juillet et octobre 2013 sous le libellé « Tokyo 2020 Olympic game bid » sont dans le viseur des juges français qui ont découvert ces mouvements d’argent suspects en enquêtant sur le système de corruption visant à dissimuler, avec l’aide de Lamine Diack et son fils, les cas de dopage d’athlètes russes (Lemonde.fr, 5 novembre et 18 décembre 2015). Comme le dit Patrick Nally, fondateur du programme marketing « TOP » du CIO, « si des preuves sont apportées concernant également la désignation de Tokyo, alors la crédibilité du CIO sera en lambeaux » (AFP, 6 septembre 2017).

À ces affaires mêlant trafics financiers, organisations criminelles et dopage global, s’ajoutent celles qui concernent actuellement plusieurs sports olympiques. Les « Football leaks » et les « Panama Papers » ont mis en évidence les montages financiers opaques, les évasions vers les paradis fiscaux, le blanchiment d’argent et la circulation de pactoles liés à la corruption via des sociétés-écrans. Tout le gotha du football mondial est impliqué (Gianni Infantino, Michel Platini, Jérôme Valcke, Eugenio Figueredo, Juan Pedro Dalmiani, Cristiano Ronaldo, Ezequiel Lavezzi, Angel Di Maria, Paul Pogba, José Mourinho, etc.). Angel Maria Villar, président de la Fédération espagnole de football, était arrêté dans le cadre d’une opération anti-corruption en juillet dernier, soupçonné de détournements d’argent en profitant de sa fonction (AFP, 18 juillet 2017). On sait par l’Agence mondiale antidopage que la corruption fait « partie intégrante de l’IAAF », « pire qu’à la FIFA » aux dires de Dick Pound (AFP, 14 janvier 2016), et que plusieurs fédérations russes sont impliquées dans un vaste programme étatique de dopage généralisé des athlètes (football, athlétisme, ski, etc.) selon le rapport du juriste canadien McLaren (Lemonde.fr, 27 juin 2017). D’autres fédérations suivent la même pente. En avril dernier, le président de la fédération brésilienne de natation était arrêté pour corruption : près de 12,8 millions de dollars de fonds publics ont été « mal gérés ou détournés au profit personnel » selon la Police fédérale (AFP, 6 avril 2017). En juillet, c’était le vice-président de la fédération internationale de natation, le koweïtien Hussain Al Musallam, qui était mis en cause dans un scandale de commissions sur des contrats d’un montant total de 50 millions de dollars (AFP, 19 juillet 2017). Cet été encore, le Tennis Integrity Unit diligentait une enquête autour de plusieurs matchs soupçonnés d’avoir été truqués à Roland Garros et Wimbeldon (AFP, 20 juillet 2017). Auparavant, le PNF s’était intéressé à Jean Gachassin, patron de la Fédération française de tennis et ancienne gloire du rugby, soupçonné de « détournements de biens » et de « trafic d’influence » (AFP, 5 avril 2016). Quant aux policiers de l’office anticorruption de Nanterre, ils ont révélé un vaste marché noir de billets à travers plusieurs ligues régionales de tennis (Le Canard Enchaîné, 29 juin 2016). Bernard Laporte, nouveau président de la Fédération française de rugby et ancien secrétaire d’État déjà inquiété dans l’affaire de montages financiers sophistiqués via des paradis fiscaux (Mediapart, 13 janvier 2017), est actuellement soupçonné de conflit d’intérêt et de favoritisme dans une affaire visant le club de Montpellier (JDD, 16 et 27 août 2017). Ajoutons pour finir que Denis Masseglia, réélu pour la troisième fois président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), a mené une campagne clientéliste, avec attribution de voitures neuves aux patrons de fédérations sportives très influents parmi les votants et dons de costumes siglés du crocodile de la marque Lacoste, sponsor du Mouvement olympique français (Le Canard Enchaîné, 26 avril 2017).

Dans une interview au Journal du dimanche, Anne Hidalgo déclarait ne pas être choquée par le transfert mirobolant de Neymar au PSG (220 millions d’euros !). « La femme de gauche que je suis aime le sport, et tout ce qui est bon pour le PSG est bon également pour l’économie de Paris et du pays » (JDD, 27 août 2017). Expliquera-t-elle bientôt que tout ce qui fait les bonnes affaires du CIO, de ses membres et de ses partenaires commerciaux, est bon pour la France, y compris la corruption citius, altius, fortius ?

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Non aux Jeux 2024 à Paris !

Liberation.fr ;

Alors que le CIO devrait entériner mardi la double attribution des Jeux olympiques 2024 et 2028 à Los Angeles et Paris, un collectif affirme son opposition à la candidature de Paris, qui aura selon eux des retombées économiques négatives pour le pays.

Ce mardi 11 juillet, le Comité international olympique (CIO) devrait entériner à Lausanne la double attribution des Jeux olympiques 2024 et 2028 aux villes de Los Angeles et Paris. Alors qu’un récent sondage réalisé par ses propres instances révèle que seuls 63% des Franciliens et des Français en général soutiennent la candidature de Paris – soit 10 points de moins que ce qu’Anne Hidalgo et Bernard Lapasset annonçaient récemment sur la base d’un sondage Odoxa –, ce type de désignation ressemble à un coup de force. En effet, les grandes métropoles sont désormais nombreuses à refuser d’organiser des Jeux olympiques. Avant Budapest en février dernier, ce furent Rome, Hambourg, Boston et Toronto qui dirent non à la diversion sociale de Jeux dispendieux. Le CIO est aujourd’hui confronté à l’explosion des coûts d’organisation des JO de Tokyo 2020 qui passent d’un budget prévisionnel de 6,2 milliards d’euros à des dépenses risquant d’atteindre près de 16 milliards. Ce qui devait être un modèle de gestion budgétaire pour le renouveau olympique devient en fait un repoussoir.

Les organisations et personnalités soussignées, signataires de l’appel «Non à la candidature de Paris aux Jeux 2024», paru sur Liberation.fr le 6 octobre 2016, réaffirment leur opposition à l’aventurisme olympique de Madame Hidalgo et du gouvernement Macron-Philippe. Dans un contexte marqué en France par un chômage de masse, l’exclusion, la précarité et la pauvreté (6 millions de chômeurs, 8 millions de pauvres), par des mesures d’austérité qui frappent tous les secteurs de la vie publique (hôpital public, logement social, transports en commun, éducation, université, recherche scientifique, culture), nous estimons qu’il y a d’autres priorités qu’une candidature dispendieuse aux JO. Malgré les déclarations rassurantes du comité d’organisation, le risque est grand de voir s’envoler les coûts que supporteront in fine les contribuables. Tandis que le CIO sera exonéré d’impôts et que les retombées économiques bénéficieront majoritairement à ses partenaires commerciaux, les populations subiront le poids de la dette pendant plusieurs années.

«Travailleurs jetables»

Les édifices olympiques bâtis en un temps record sous l’égide de «lois olympiques» d’exception, mobiliseront une majorité de «travailleurs jetables» et d’intérimaires. Les emplois créés, supposés «durables», disparaîtront à la fin des Jeux et seront synonymes de précarité et de dumping salarial. La spéculation immobilière engendrée et nourrie par la réalisation d’infrastructures olympiques luxueuses touchera une nouvelle fois les quartiers populaires. Au nom du gigantisme olympique, les multinationales du béton armé n’hésiteront pas à saccager des patrimoines naturels et culturels, ni à laisser, comme pour tous les Jeux dits «verts», un bilan énergétique désastreux (empreinte carbone de plusieurs millions de tonnes pour chaque JO, gaspillage, pollution sonore et atmosphérique, bétonnage massif, etc.). Pour protéger les sites olympiques, le déploiement d’un imposant arsenal policier et militaire, déjà à flux tendus depuis des années, sera nécessaire, au détriment d’autres missions de sécurité publique. Loin d’être un «rassemblement pacifique des peuples», comme le clame l’idéologie olympique, les Jeux occasionneront une nouvelle fois une surveillance de masse aux coûts exorbitants.

Nous réaffirmons que les décisions qui concernent l’avenir des citoyens ne doivent en aucun cas être confiées aux hiérarques du CIO qui ne choisissent les vainqueurs de leur course aux enchères qu’en fonction de leurs propres intérêts et de ceux de leurs partenaires commerciaux.

Signataires :

Attac France ; Centre tricontinental de Louvain-La-Neuve (Cetri) ; Droit au logement ; Ecole émancipée ; Fédération Sud éducation ; Lutte ouvrière ; Nouveau parti anticapitaliste ; Solidaires.

Hélène Arnold, traductrice ; Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière à l’élection présidentielle 2017 ; Gilles Bataillon, directeur d’études à l’EHESS ; Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’université Bordeaux III ; Michel Bel, philosophe ; Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste ; Jean Bilard, professeur émérite de psychologie à l’université Montpellier I ; Daniel Blanchard, traducteur et écrivain ; Gérard Bras, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie, président de l’université Populaire des Hauts-de-Seine ; Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’université Montpellier III ; Pascal Bruckner, essayiste et romancier ; Denis Collin, philosophe ; Laurent Delcourt, sociologue et historien, chargé d’études au Cetri ; Jacques Etchéhéguy, sociologue ; Georges Federmann, psychiatre et écrivain ; Jacques Gleyse, professeur des universités en Staps ; Christian Godin, philosophe ; Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Ouest-Nanterre ; Françoise Hache-Bissette, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-Saclay ; Romain Humeau, musicien, auteur-compositeur-interprète, membre du groupe Eiffel ; Estelle Humeau, musicienne, membre du groupe Eiffel ; Denis Jallat, maître de conférences en histoire du sport à la faculté des sciences du sport de Strasbourg ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’Université libre de Bruxelles ; Marc Jimenez, philosophe, professeur émérite à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Dominique Lesparre, maire de Bezons ; Catherine Louveau, professeure émérite de sociologie à l’université Paris-Sud UFR Staps ; Nancy Midol, maître de conférences en anthropologie à l’Université de Nice Sophia-Antipolis ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel sport ? ; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’université Aix-Marseille ; Christine Poupin, porte-parole du NPA ; Philippe Poutou, porte-parole du NPA, candidat aux élections présidentielles 2012 et 2017 ; Robert Redeker, philosophe ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux universités Paris I et Toulouse II ; Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, professeur de philosophie de l’art à l’Ecole supérieure de l’académie royale des Beaux-Arts de Liège, porte-parole francophone du Comité international contre la peine de mort ; Jérôme Segal, enseignant-chercheur en histoire des sciences et épistémologie à l’université Paris IV Sorbonne ; Patrick Tacussel, professeur de sociologie à l’université Montpellier III ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin international ; Yves Vargas, philosophe ; Patrick Vassort, maître de conférences en sociologie à l’UFR Staps de Caen.

Tribune : Il faut retirer Paris de la course folle aux Jeux olympiques

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Une désinformation olympique ?

Lettre ouverte au Monde (datée du 15 mai 2017)

(Texte proposé à la presse nationale et refusé)

Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’Université Bordeaux III ; Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III ; Pascal Bruckner, romancier et essayiste ; Pierre Guerlain, professeur émérite de civilisation américaine à l’Université Paris Ouest Nanterre ; Françoise Hache-Bissette, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-Saclay ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’Université Libre de Bruxelles ; Catherine Louveau, professeure émérite de sociologie à l’Université Paris Sud UFRSTAPS ; Sophie de Mijolla-Mellor, professeur émérite en psychopathologie et psychanalyse, Université Paris VII, Présidente de l’Association Internationale-Interactions de la psychanalyse ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ? ; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin International ; Patrick Vassort, maître de conférences en sociologie à l’UFRSTAPS de Caen.

Votre éditorial du 13 mai 2017 – « Paris mérite les JO » – est aux antipodes des critères d’objectivité du Monde. Par sa tonalité véhémente, il constitue l’amorce d’une métamorphose partisane de votre journal dit de « référence ». Disqualifiant notre opposition argumentée à la candidature de Paris par des termes systématiquement péjoratifs (« critiques ressassées », « récriminations frileuses », « éternels grincheux », « pessimisme obsidional »), vous outrepassez les règles déontologiques de tout journal respectueux du pluralisme démocratique. En nous prenant à partie, vous mettez également en cause le journal Libération qui nous a par deux fois offert ses colonnes dans le respect absolu de la liberté d’expression alors que Le Monde a systématiquement refusé nos propositions de tribune. Celles-ci informaient pourtant l’opinion publique des raisons qui incitent des citoyens parfaitement respectables à refuser une opération olympique dispendieuse ne répondant pas aux besoins urgents d’une grande partie de la population francilienne (transports en commun fiables, lutte contre la pollution, propreté et hygiène urbaines, sécurité, services publics, etc.).

Vous voulez rendre impossible tout autre mode de pensée que celui des apologistes béats de la candidature de Paris aux JO 2024. En vous livrant à une attaque directe des personnes qui ne croient pas aveuglément aux promesses enchanteresses de « l’aventure olympique » de Madame Hidalgo et du Comité d’organisation et qui ne succombent pas aux slogans assénés depuis avril 2015 par les officines publicitaires, les consortiums d’intérêts privés et les divers appareils de la propagande d’État, vous transformez le journalisme d’information qui autrefois caractérisait Le Monde en un journalisme d’allégeance idéologique.

Le projet parisien, affirmez-vous, est « d’une sobriété certaine ». Le coût annoncé de « moins de 7 milliards d’euros […] représente un investissement raisonnable si l’on tient compte des retombées structurelles […] pour la région parisienne ». Comme les études sérieuses et indépendantes fondées sur une connaissance globale (socio-économique et géopolitique) des précédents Jeux olympiques manquent à votre plaidoyer pro domo, vous préférez « vouloir espérer » et « gager » que les Français « trouveraient dans ce projet un motif de confiance et d’ambition ». Vous ne manquez donc pas d’utiliser la méthode Coué de l’incantation à « l’optimisme collectif » pour étayer votre croyance à la « dynamique de Paris 2024 ». Mais n’est-ce pas un rêve éveillé que d’imaginer que les JO sont organisés par des philanthropes désintéressés pour le plaisir de beaux spectacles à destination d’un public populaire ? Vous préférez dès lors disqualifier ouvertement des intellectuels, des universitaires enseignants-chercheurs, des associations, des syndicats et des responsables politiques qui récusent cette mystification entretenue depuis des lustres par le lobby olympique et qui développent dans la presse nationale (Libération, le Huffington Post) des arguments fondés sur des faits avérés et incontestables. Nos arguments « sont connus », dites-vous, mais sont-ils faux, inconséquents ou non documentés ? Pouvez-vous réfuter le fait que les budgets prévisionnels de quasiment tous les JO d’été ont explosé, avec des dépassements de +109 % pour Athènes (2004) (11,1 milliards d’euros), de +1130 % pour Pékin (2008) (32 milliards), de +127 % pour Londres (2012) (11 milliards), de + 247 % pour Rio (2016) (33 milliards) ? Il s’agit de sources citées par Le Monde lui-même (Le Monde, 25 février 2015).

Pouvez-vous ignorer que la candidature de Paris est minée par les conflits d’intérêts avec l’agence Keneo au centre d’un système endogamique révélé par plusieurs journalistes d’investigation du Canard Enchaîné (Le Canard Enchaîné, 13 janvier 2016) et de Mediapart (Antonn Rouget, Mediapart, 12 mai 2017) ? Pouvez-vous nier que les retombées financières mirobolantes (entre 5 et 10 milliards d’euros si les JO 2024 se tenaient à Paris) annoncées par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges associé à l’agence Keneo sont contestées par des économistes indépendants, notamment par Jean-Pascal Gayant qui tient un blog sur le site Lemonde.fr ? Pouvez-vous passer sous silence que plusieurs « partenariats public-privé » noués lors des grands chantiers sportifs font actuellement l’objet de procédures judiciaires (délit de favoritisme, marchés truqués, etc.) et provoquent l’endettement des collectivités territoriales pour plusieurs dizaines d’années (voir par exemple « À Lille, Grand Stade, lobbying et petits cadeaux », Le Monde, 30 avril-2 mai 2017) ? Pouvez-vous contester que la mairie de Paris se trouve aujourd’hui dans une situation financière désastreuse qui pourrait l’empêcher d’investir les 145 millions d’euros prévus dans le budget ? La dette parisienne devrait atteindre les 6 milliards en décembre prochain et dépasser les 7,5 milliards en 2020 en raison d’une gestion irresponsable des frais de fonctionnement, des opérations Paris Plage, du service Auto-lib, des manipulations financières avec les sociétés HLM et d’autres lubies idéologiques. Par exemple un potager au square Painlevé à 30 000 euros (Philippe Eliakim, « JO 2024 : les chiffres explosifs qu’Anne Hidalgo cache au CIO, Capital.fr, 12 mai 2017), ou, plus pharaonique encore, le spectacle de la Journée internationale olympique des 23 et 24 juin 2017 censée transformer le centre historique de Paris « en un colossal terrain de sport avec installations éphémères parfois monumentales, exhibitions, initiations et courses géantes » (JDD, 14 mai 2017). Est-on vraiment obligé d’applaudir à ces shows sportifs fastueux qui dilapident l’argent public ? De telles opérations destinées à conforter les ambitions politiques de Madame Hidalgo et les intérêts du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) devraient-elles être encensées, comme le fait Le Monde, pour persuader les contribuables que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes olympiques ?

 

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Il faut retirer Paris de la course folle aux Jeux olympiques !

 Lettre ouverte à Madame Anne Hidalgo, maire de Paris

Publiée le 10 mai 2017 sur le site de Liberation.fr

 Madame,

Il fut un temps où vous estimiez qu’il n’était ni raisonnable ni acceptable de s’engager dans la « course [olympique] au toujours plus qui a laissé des éléphants blancs et des situations d’endettement dans des villes ». Vous déclariez : « Je n’ai pas porté ce projet dans ma campagne. Les Parisiens attendent de moi du logement, des équipements, de la justice, de la facilité économique » (AFP et Lemonde.fr, 7 novembre 2014).

Vous affirmez à présent que le budget des JO 2024, évalué à 6,2 milliards d’euros dont 1,5 milliard à la charge de l’État et des collectivités territoriales,  sera maîtrisé. Cet optimisme ne saurait cacher que les grands chantiers  provoquent systématiquement l’explosion des budgets initiaux. La Philharmonie de Paris, le MuCem de Marseille, le Musée des Confluences de Lyon ont vu leur coût quintupler pendant les travaux (Enquête du contribuable, août/septembre 2015). Comment croire qu’un budget olympique de cette ampleur ne sera pas dépassé quand ceux de Paris Plages des années 2012 et 2013 font aujourd’hui l’objet d’une information judiciaire pointant « les défaillances dans la gestion administrative et financière de cette opération » et soupçonnant même un délit de favoritisme (Le Canard Enchaîné, 1er mars 2017) ? Il ne s’agissait pourtant là que de dépenses de 1,28 et 1,5 millions d’euros prises en charge par les entreprises « partenaires ».

Vous promettez que les JO ne feront pas augmenter les impôts ou les taxes et faciliteront la vie des Parisiens. Vous aviez également présenté de la sorte le service Autolib’ exploité en délégation de service public par le groupe Bolloré. Celui-ci annonce désormais des pertes estimées à 180 millions d’euros dont la plus grande partie, 120 millions, sera supportée par les contribuables (Le Canard Enchaîné, 4 janvier 2017). Pour les JO, vous fondez votre argument sur les prévisions de retombées économiques évaluées entre 5,3 et 10,7 milliards d’euros par un cabinet d’économistes, le Centre de droit et d’économie du sport (CDES), associé à l’agence Kénéo dont l’ex-PDG n’est autre qu’Étienne Thobois, l’actuel directeur général du Comité de candidature qui a passé la commande. Comment ne pas douter de l’impartialité de ce genre d’études non académiques, très contestées par les économistes indépendants qui montrent que tous les JO ont un impact négatif sur les économies des pays organisateurs et qu’ils provoquent un endettement public à long terme à la charge des populations (voir les travaux de Wladimir Andreff ou Jean-Pascal Gayant) ?

Vous imaginez convaincre les Franciliens que les JO seront un « accélérateur de progrès » parce qu’ils pourront se baigner dans la Seine en 2024. Dans l’immédiat, vous semblez pourtant incapable d’endiguer la prolifération des rats sur les chantiers d’excavation, dans les parcs et jardins publics, sur les quais de Seine, dans les appartements et même dans les rues de votre ville. 3 à 6 millions de rongeurs présentent, selon le Service parisien de santé environnementale (SPSE), une « menace sanitaire réelle » qui rappelle plutôt les siècles passés que le futur olympique moderne (Libération, 21 décembre 2016). Cela s’ajoute au problème récurrent de la salubrité de certains quartiers qui ressemblent à des entrepôts à ciel ouvert où s’amoncellent déchets, étalages illégaux et traces de trafics en tout genre. La mairie et la préfecture de Police de Paris qui laissent le quartier Château-Rouge sombrer dans l’insalubrité et l’insécurité chroniques ont d’ailleurs été condamnées par le tribunal administratif à verser 5000 euros d’amende pour « préjudice psychologique » aux riverains regroupés en association (Le Parisien, 30 mai 2016).

Votre plan d’action pour le « Grand Paris olympique » souhaite améliorer tous les services publics. Pourquoi attendre de le faire à l’heure où la Cour des comptes signale que les transports en Île-de-France sont vétustes et irréguliers en raison d’une maintenance inadaptée (rapport de 2016) ? Vous visez la continuité cyclable jusqu’aux sites olympiques alors que le transport des Franciliens sur leur lieu de travail coûte de plus en plus cher et présente des dysfonctionnements majeurs. Dans ce contexte impropre à la mobilité urbaine quotidienne, vous privatisez les PV et les parkings municipaux en confiant ces missions régaliennes à des grands groupes comme Vinci qui augmentent le coût du stationnement et le rendement de la verbalisation. Est-ce là votre vision du service public ? Pour d’autres secteurs, la même logique de dégradation quotidienne est en cours. Les bureaux de poste parisiens ferment les uns après les autres (de 188 en 2010 à 173 aujourd’hui) et sont remplacés par des comptoirs sans personnel qualifié dans les supermarchés (Le Parisien, 11 décembre 2016). Mais vous n’intervenez pas auprès de la direction de La Poste, comme le demandent de nombreux élus du Conseil de Paris.

Malgré un inquiétant bilan de mi-mandat dans les domaines du logement (augmentation de 5,42 % du prix du logement moyen entre 2015 et 2016 selon la FNAIM), des transports (hausse des embouteillages sur le périphérique et intra-muros), de la qualité de l’air (hausse de 50 % de la pollution aux particules fines sur les quais hauts de la rive droite d’après le 3e rapport du Comité technique de suivi) et de la sécurité (Paris est la 12e ville la plus dangereuse d’Europe), vous ne cessez de promettre monts et merveilles olympiques. Vous  déclarez qu’en matière de JO « Tokyo [2020] est pour nous un exemple » (AFP, 29 février 2016 et 24 février 2017). Cela ne peut en aucun cas nous rassurer à l’heure où ces prochains Jeux font exploser le budget total (la facture globale devrait avoisiner les 30 milliards au lieu des 6,4 milliards prévus ; AFP, 21 décembre 2016) et favorisent les affaires de corruption (enquête en cours sur l’attribution des Jeux ; soupçons de plagiat et de collusion dans l’affaire du stade trop cher ; Lemonde.fr, 16 janvier 2016).

Nous estimons que « l’aventure olympique » qui a déjà conduit vos prédécesseurs à dépenser 60 millions d’euros en pure perte pour les JO 2008 et 2012 (Lefigaro.fr, 7 septembre 2013), doit absolument s’arrêter là. Madame Hidalgo, suivez les sages décisions de vos homologues de Budapest, Rome, Boston, Toronto et Hambourg : ne vous associez pas à la diversion sociale de Jeux dispendieux.

Lettre ouverte initiée par Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III et Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ?

Cosignataires :

ATTAC France, Solidaires, Sud Education, L’Ecole Emancipée

Gilles Bataillon, directeur d’études à l’EHESS ; Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’Université Bordeaux III ; Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, membre du collectif Malgré tout ; Gérard Bras, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie, président de l’Université Populaire des Hauts-de-Seine ; Pascal Bruckner, romancier et essayiste ; Laurent Delcourt, sociologue et historien, chargé d’études au CETRI ; Christian Godin, philosophe ; Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’Université Paris Ouest Nanterre ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’Université Libre de Bruxelles ; Marc Jimenez, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Catherine Louveau, professeure émérite de sociologie à l’Université Paris Sud UFRSTAPS ; Sophie de Mijolla-Mellor, psychanalyste et philosophe, directrice de la revue Topique, présidente de l’Association internationale-Interactions de la psychanalyse ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Patrick Vassort, maître de conférences en sociologie à l’UFRSTAPS de Caen.

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NON à la candidature de Paris aux Jeux 2024 !

Appel initié par Quel Sport ? et paru sur le site de Liberation.fr le 6 octobre 2016

à la mémoire de Pierre Arnaud (1942-2016), signataire de tous les appels contre la candidature de Paris aux JO 2024

 

Alors que le dépôt de la deuxième partie du dossier de candidature pour les Jeux de 2024 a eu lieu le 7 octobre 2016, les signataires du présent appel souhaitent manifester leur opposition à une opération de communication lancée à grands frais depuis le mois d’avril 2015 par la Mairie de Paris, avec l’appui du président de la République et de l’ensemble du gouvernement. Le coût de la candidature aux JO 2024 (frais de candidature à verser au CIO, déplacements, plans de communication, honoraires des cabinets de consultants, frais généraux, etc.) est aujourd’hui estimé à 60 millions d’euros dans le cadre d’un « budget évolutif » pouvant aller jusqu’à 100 millions en fonction des besoins. Après la défection de Boston et de Hambourg, la nouvelle maire de Rome, Virginia Raggi, vient de refuser de soutenir une candidature italienne qu’elle juge « irresponsable » en disant « non aux Jeux du béton, non aux cathédrales dans le désert ! ». Si l’Euro 2016 a coûté plus de deux milliards d’euros à l’État et aux collectivités territoriales pour rénover des grands stades privatisés et sécuriser les fans zones de l’UEFA au détriment de projets sociaux essentiels, l’organisation des Jeux pourrait grever encore plus les finances publiques mobilisées dans des constructions sportives sans réelle utilité sociale pour la majorité de la population. Compte tenu de l’augmentation massive du chômage, de l’exclusion, de la précarité et de la pauvreté en France (6 millions de chômeurs, 8 millions de pauvres), et dans un contexte marqué par des mesures d’austérité qui frappent tous les secteurs de la vie publique, nous estimons qu’il y a d’autres priorités qu’une candidature dispendieuse aux JO.

À l’heure où l’État se désengage des missions qui lui incombent, un abondement exceptionnel de 10 millions d’euros pour assurer le bon fonctionnement du Groupement d’intérêt public « Paris 2024 » a déjà été débloqué. Si la ville de Paris était choisie par le CIO en septembre 2017, 3 milliards de fonds publics seraient encore versés dans un budget prévisionnel global de 6,2 milliards d’euros. Paris et le Conseil régional d’Île-de-France ont ainsi promis de verser 145 millions d’euros chacun pour rénover des infrastructures sportives essentiellement réservées au haut niveau, sélectionner une élite, moderniser des transports en vue d’accueillir les touristes. Or, il faut s’attendre à une augmentation considérable des dépenses ! Pour quasiment tous les Jeux, les budgets prévisionnels ont en effet explosé (Athènes : + 109 % de dépassement, 11,1 milliards ; Pékin : + 1130 %, 32 milliards ; Londres : + 127 %, 11 milliards ; Rio : + 247 %, 33 milliards, selon Le Monde et Wladimir Andreff, 25 février 2015). Pour les JO de Tokyo 2020, le budget de construction dépasse actuellement les 4 milliards d’euros pour une prévision initiale de 1,3 milliard (AFP, 28 septembre 2016). Tandis que le CIO est exonéré d’impôts et que les retombées économiques bénéficient majoritairement à ses partenaires commerciaux, les populations sont obligées de supporter le poids de la dette pendant plusieurs années, comme ce fut le cas pour Grenoble en 1968 et Albertville en 1992. Alors que l’hôpital public, le logement social, les transports en commun, l’éducation, la recherche scientifique, la culture subissent des restrictions budgétaires régulières, nul ne peut sérieusement espérer que l’opération de prestige olympique offre une réponse réaliste à la crise globale.

Les édifices olympiques bâtis en un temps record sous l’égide de « lois olympiques » d’exception, mobilisent toujours une majorité de « travailleurs jetables » et d’intérimaires, quand ce ne sont pas, comme à Pékin, à Sotchi ou à Rio, des migrants ou des personnes déshéritées traités comme des esclaves. Les emplois créés, prétendument durables, disparaissent à la fin des Jeux et sont synonymes de précarité et de dumping salarial. Le mouvement olympique n’hésite d’ailleurs pas à utiliser les petites mains des bénévoles pour encadrer ses opérations de propagande (scolaires, jeunes sportifs, étudiants, dirigeants sportifs). Le modèle des « commis agiles » au service des « missions olympiques » accompagne ainsi le démantèlement progressif du droit au travail. Or, le gouvernement actuel remet déjà en cause les droits fondamentaux des salariés au nom de la « flexibilité du marché de l’emploi » et de la « simplification » du code du travail, tandis que l’appel aux travailleurs détachés se répand (chantiers de la COP 21, Université d’été de la Rochelle, etc.).

La spéculation immobilière engendrée et nourrie par la réalisation d’infrastructures olympiques luxueuses va une nouvelle fois toucher les quartiers populaires. Prix du foncier et de l’immobilier, loyers et impôts locaux vont grimper, alimentant la gentrification et enrichissant les actionnaires des groupes BTP et des promoteurs, au détriment du logement social et des classes populaires déjà frappés par la crise du logement. Au nom du gigantisme olympique, les multinationales du béton armé n’hésiteront pas à saccager des patrimoines naturels et culturels (les Serres d’Auteuil, entre autres, seront délabrées en raison de l’agrandissement de Roland-Garros), ni à laisser, comme pour tous les Jeux dits « verts », un bilan énergétique désastreux (empreinte carbone de plusieurs millions de tonnes pour chaque JO, gaspillage, pollution des cours d’eau, bétonnage massif, etc.). La concentration de millions de touristes et la multiplication des déplacements ne feront qu’amplifier les « pics de pollution » dans la capitale et ses banlieues déjà saturées par les embouteillages, alors que les maladies respiratoires, en hausse constante, nécessitent une prise en charge qui coûte près de 2 milliards d’euros par an à l’État.

Dans un contexte de tensions internationales et de démultiplication des attentats en France et en Europe, des Jeux à Paris qui rassembleront des milliers d’individus dans des espaces restreints, risquent de devenir des cibles potentielles pour des attentats islamistes. Pour protéger les sites olympiques, le déploiement d’un imposant arsenal policier et militaire, déjà à flux tendus depuis des mois et des mois, sera nécessaire au détriment d’autres missions de sécurité publique. Au nom de la « fête olympique », faudra-t-il alors accepter comme lors de l’Euro 2016 le quadrillage de l’espace public, la surveillance électronique généralisée, la restriction des libertés fondamentales ? Loin d’être un « rassemblement pacifique des peuples », comme le clame l’idéologie olympique, les Jeux vont occasionner une surveillance de masse aux coûts exorbitants.

Les décisions qui concernent l’avenir des citoyens ne doivent pas être confiées aux hiérarques du CIO qui ne choisiront le vainqueur de leur course aux enchères qu’en fonction de leurs propres intérêts et de ceux de leurs partenaires commerciaux (Mc Donald’s et Coca-Cola notamment).

Pour toutes ces raisons, nous appelons les élus, les responsables politiques, associatifs et syndicaux, ainsi que tous les citoyens à refuser cet indécent gaspillage financier, économique et écologique qui ne bénéficiera qu’à la multinationale du CIO, souvent impliquée dans divers scandales d’affairisme et de corruption.

Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III et Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ?

Cosignataires : ATTAC France; Droit Au Logement ; Fédération Sud éducation ; Lutte Ouvrière ; NPA ; Solidaires ; L’Ecole Emancipée

Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière à l’élection présidentielle 2017 ; Gilles Bataillon, directeur d’études à l’EHESS ; Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’Université Bordeaux III ; Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, membre du collectif Malgré tout ; Jean Bilard, professeur émérite de psychologie à l’Université Montpellier I ; Gérard Bras, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie, président de l’Université Populaire des Hauts-de-Seine ; Denis Collin, philosophe ; Christian Godin, philosophe ; Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’Université Paris Ouest Nanterre ; Françoise Hache-Bissette, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-Saclay ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’Université Libre de Bruxelles ; Catherine Louveau, professeure émérite de sociologie à l’Université Paris Sud UFRSTAPS ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille ; Christine Poupin, porte-parole du NPA ; Philippe Poutou, porte-parole du NPA, candidat aux élections présidentielles 2012 et 2017 ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II ; Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, professeur de philosophie de l’art à l’École Supérieure de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, porte-parole francophone du Comité International contre la Peine de Mort ; Danielle Simonnet, conseillère de Paris, coordinatrice du Parti de Gauche ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin International ; Yves Vargas, Philosophe.

Autres signataires : CETRI (Centre Tricontinental de Louvain-La-Neuve) ; Hélène Arnold, traductrice; Michel Bel, philosophe; Daniel Blanchard, traducteur; Michel Blondeau, psychologue retraité; Eric Bougrat, animateur territorial; Grégoire Bouquerel, professeur de philosophie à l’IND de Valence; Pierrette Bras, bibliothécaire à la retraite; Martine Cotrelle, conservatrice de bibliothèque à la retraite; Laurent Delcourt, sociologue et historien, chargé d’études au CETRI; Jacques Etchéhéguy, sociologue; Georges Federmann, psychiatre, gymnopédiste; Marc Jimenez, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne; Jacques Gleyse, professeur des Universités en STAPS; Robert Goepp, retraité; Bertrand Gourrat, professeur agrégé d’EPS; Gaëlle Guillaume, professeur d’anglais; Romain Humeau, musicien, auteur-compositeur-interprète, membre du groupe Eiffel ; Estelle Humeau, musicienne, membre du groupe Eiffel ; Denis Jallat, maître de conférences en histoire du sport à la Faculté des sciences du sport de Strasbourg ; Olivier Massiot, psychanalyste ; Frédéric Michel, courtier en assurance; Robert Redeker, philosophe; Jérôme Segal, enseignant-chercheur en histoire des sciences et épistémologie à l’Université Paris IV Sorbonne ; Gilles Seguin, professeur agrégé d’EPS à la retraite; Isabelle Seguin-Beaulieu, infirmière libérale; Philippe Serpollet, cycloporteur; David Setruk, enseignant d’EPS; Patrick Tacussel, professeur de sociologie à l’Université Montpellier III; Patrick Vassort, maître de conférences en sociologie à l’UFRSTAPS de Caen; Jacques Verrières, retraité;

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La corruption, la fraude et le dopage, disciplines olympiques

Paris ne doit pas courir après les Jeux 2024 !

Publié sur le site du Huffington Post le 12 janvier 2016

Collectif Non à la candidature de Paris aux JO 2024

Initié par Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Paul Valéry Montpellier III ; Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ? ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS.

Soutenu par Pierre Arnaud, professeur des Universités, historien du sport et de l’éducation physique ; Patrick Baudry, professeur de sociologie à l’Université Bordeaux III ; Michèle Bouclier, ingénieur à Grenoble ; Alain Caillé, sociologue, directeur de publication de la revue du MAUSS ; Marie-Claire Calmus, écrivaine et artiste ; Paul Cesbron, gynécologue-obstétricien, ancien chef de service de la maternité de Creil ; Martine Cotrel, conservatrice de bibliothèque à la retraite ; Matthieu Douérin, DEA de sociologie politique et politique comparée ; Jacques Etchehéguy, sociologue ; Georges Yoram Federmann,  psychiatre gymnopédiste ; Bertrand Gourrat, professeur d’EPS ; Pierre Guerlain, professeur de civilisation européenne à l’Université Paris Ouest Nanterre ; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles ; Catherine Landemaine, responsable Action culturelle à Montpellier ; Olivier Massiot, psychanalyste ; Mahmoud Miliani, professeur agrégé d’EPS ; Robert Misrahi, professeur émérite de philosophie éthique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille ; Serge Priniotakis, musicien ; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I Panthéon-Sorbonne et Toulouse Jean Jaurès ; Julien Salliot, professeur d’EPS à l’UFRSTAPS de Nantes ; René Schérer, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris VIII ; Philippe Serpollet, co-fondateur de l’Ultra-sieste du Mont Blanc ; Pauline Soulier, doctorante en science politique à l’Université Bordeaux IV ; Martine Verlhac, philosophe.

Depuis une dizaine d’années, les affaires judiciaires et les scandales de corruption qui impliquent directement de nombreux hiérarques des institutions sportives internationales et nationales se succèdent. En août 2014, la Fédération internationale de l’automobile (FIA) était secouée par le jugement pour corruption du patron de la Formule 1 Bernie Ecclestone suspecté d’avoir versé 31,8 millions d’euros de pots-de-vin. En mars 2015, une commission d’enquête indépendante (CIRC) concluait que l’Union cycliste internationale (UCI) avait couvert le dopage organisé de Lance Armstrong et de l’US Postal en accordant un « traitement préférentiel » au septuple vainqueur du Tour de France qui prétendait pourtant être « propre » compte tenu de ses nombreux contrôles antidopage, tous « négatifs ». D’autres disciplines phares ont également illustré les dérives maffieuses du sport de haute compétition : inculpation en 2006 de quelques ténors de la Fédération internationale de volley-ball, dont son président Ruben Acosta, pour « faux renseignements sur une société commerciale et faux dans les titres » ; scandales des paris et matchs truqués dans le tennis (David Savic, Daniel Koellerer), le handball (arbitres allemands achetés par le club russe de Chekhov ), le football (calcioscommese, réseau criminel asiatique et européen soupçonné d’avoir truqué 680 matchs), le badminton (8 joueuses qui font exprès de perdre aux JO 2012), etc. La FIFA est à son tour dans la tourmente judiciaire. Les mises en examen de plusieurs hauts responsables de la FIFA poursuivis pour corruption sur l’attribution de diverses Coupes du monde (2006, 2018, 2022 notamment), pour pots-de-vin de 150 millions d’euros, rétrocommissions, racket, vente frauduleuse et blanchiment sur une période de vingt-cinq ans, ont entraîné dans leur sillage la suspension pour une durée de 8 ans par la commission d’éthique de la FIFA de Joseph Blatter, parfois qualifié de « Don Blatterone », et du président de l’UEFA, Michel Platini. Tous deux ont été reconnus coupables de « conflit d’intérêt », de « gestion déloyale » et d’« abus de fonction » dans l’affaire du paiement controversé de 1,8 million d’euros au « M. fair-play financier » du football européen qui avait il y a encore quelques semaines « toute la confiance » de Manuel Valls et Patrick Kanner ainsi que le soutien personnel de François Hollande. Même s’ils ont fait appel de cette décision, ils risquent à présent des poursuites judiciaires. Diverses arrestations, extraditions et démissions, dont celles du président de la Fédération allemande de football, des trois derniers présidents de la Fédération brésilienne et du président de la Fédération colombienne ont également montré l’ampleur de la gangrène et de ses multiples ramifications.

Après le « Fifagate », c’est au tour d’une nouvelle fédération affiliée au mouvement olympique, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), de provoquer un tsunami dans le monde du sport professionnel où se banalisent les pratiques ordinaires du crime organisé et de la délinquance en col blanc. L’ancien président de l’IAAF, Lamine Diack a été mis deux fois en examen pour « corruption » et « blanchiment aggravé ». Son fils, à l’époque consultant en marketing pour la fédération, est soupçonné d’être au cœur de cette affaire sur fond de dopage. L’ancien « Monsieur propre » de l’athlétisme mondial, responsable de la lutte antidopage, le médecin français Gabriel Dollé, est poursuivi pour « corruption passive ». Nick Davies, ex porte-parole de l’IAAF et bras droit de son nouveau président Lord Sebastian Coe, est également impliqué en raison de l’aide qu’il aurait apporté pour élaborer une stratégie de communication visant à couvrir des cas de dopage gênants. Sous pression, il a décidé de démissionner. Tous les soupçons portent en fait sur de gros pots-de-vin versés en contrepartie de la dissimulation de pratiques dopantes, principalement en Russie. Dans un rapport accablant, l’Agence mondiale antidopage (AMA) a confirmé l’action de divers réseaux de dopage et de corruption en Russie, héritière du dopage d’État de l’ex-URSS et de l’ex-RDA, mais aussi au Kenya, en Chine, en Tunisie et au Maroc en attendant que l’enquête révèle que le dopage organisé a colonisé d’autres pays et d’autres sports (la France vient d’être rappelée à l’ordre par l’AMA et la Bulgarie sera privée d’haltérophiles aux JO 2016 en raison de leur dopage récurrent). Nouveau rebondissement dans cette saga judiciaire, Lamine Diack avoue qu’une partie des pots-de-vin versés par le président de la fédération russe d’athlétisme, également trésorier de l’IAAF, Valentin Balakhnichev, pour couvrir les cas de dopage de ses athlètes, a servi au financement de diverses associations et groupes lobbyistes pour aider la campagne présidentielle de 2012 de son favori au Sénégal, Macky Sall. Un bel exemple de neutralité sportive et de fair-play… Pour couronner le tout, Sebastian Coe, présenté comme le sauveur d’une fédération à la dérive, est soupçonné de « conflit d’intérêt » par la BBC qui l’accuse d’avoir usé de son influence dans l’attribution des Mondiaux 2021 qui se tiendront à Eugene, ville de l’État de l’Oregon et berceau de l’équipementier Nike, dont il était l’ambassadeur pour 142 000 euros par an. Dos au mur, Sebastian Coe a préféré mettre fin à son contrat avec Nike fin novembre.

Manifestement, l’empire de la compétition « libre et non faussée » entre les nations et l’idéologie fallacieuse de la « méritocratie démocratique », supposée apolitique, n’ont plus aujourd’hui la moindre crédibilité. Le sport-business des multinationales et des bureaucraties sportives, allié aux divers réseaux d’influence des intermédiaires et négociateurs, ne peut plus prétendre à la respectabilité morale dont il ose encore se prévaloir. Qu’il suffise, pour s’en convaincre, de penser à la réunion tenue à l’Élysée le 23 novembre 2010 entre l’ex président Nicolas Sarkozy, le patron de l’UEFA Michel Platini et les cheikhs Tamin ben Hamad Al-Thani et Hamad ben Jassem, qui a permis de conclure un pacte secret au profit du Qatar, finalement désigné par la FIFA avec 14 voix contre 8 face aux États-Unis pour organiser le Mondial 2022 (Le Monde, 23 novembre 2015). Comment, dès lors, ne pas s’indigner que les compétitions sportives les plus médiatisées – le Mondial 2018 en Russie, les Jeux olympiques d’hiver 2020 en Chine, le Mondial 2022 au Qatar – puissent être organisées par des pays dictatoriaux dont l’appareil sportif d’État est lourdement suspecté d’être impliqué dans des affaires aussi graves ?

Dans ce contexte délétère où se dévoile la « face obscure » du sport-spectacle, nous récusons l’opportunité d’une candidature de Paris aux Jeux olympiques d’été 2024. La Mairie de Paris, activement soutenue par le gouvernement socialiste, le Parti communiste et le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), a présenté son dossier de candidature au CIO. Au nom du « sport citoyen », du « sport culture », du sport « moyen d’intégration », et maintenant du sport comme « résistance au terrorisme », Madame Hidalgo et son équipe se lancent aveuglément, sans consultation démocratique des Franciliens, dans une « aventure olympique » qui semble totalement déconnectée des réalités économiques, sociales, environnementales et sécuritaires de la France. Par ailleurs, certaines vedettes de l’opération de mobilisation populaire « Je rêve des Jeux », censée financer une partie des frais de candidature estimés entre 60 et 100 millions d’euros, ne sont pas épargnées par la justice. Teddy Riner, membre depuis peu du conseil d’administration du Groupement d’intérêt public Paris-2024 en tant que co-président du comité des athlètes, est soupçonné de « détournement de fonds publics » dans le cadre de la gestion de son salaire (30 000 euros par mois) par le maire de Levallois Patrick Balkany (Le Monde, 6 octobre 2015). Nicolas Karabatic, autre star du clip-vidéo promotionnel, a été reconnu coupable en première instance d’escroquerie et condamné à 10 000 euros d’amendes dans l’affaire des paris suspects liés au match présumé truqué entre Cesson et Montpellier (Le Monde, 10 juillet 2015). Enfin, Karim Benzema, lui aussi appelé pour symboliser l’exemplarité du rêve olympique français, a été récemment mis en examen et suspendu sine die de l’équipe de France de football pour son intervention dans le chantage à la « sextape » exercé sur Mathieu Valbuena par certains de ses amis  appartenant au banditisme lyonnais (Le Monde, 5 novembre 2015). Indéniablement, le modèle de « citoyenneté » du sport français, tant vanté par les idéologues de « l’éthique sportive », vole lui aussi en éclats.

Ni François Hollande ni Anne Hidalgo n’ont été élus pour servir les intérêts d’institutions sportives affairistes et corrompues. La courbe du chômage est loin de s’inverser (chiffre record de 5 442 500 demandeurs d’emploi en France métropolitaine en novembre 2015), des pans entiers de l’industrie sont détruits, les exploitations agricoles croulent sous les dettes, les entreprises ne cessent de licencier et délocaliser malgré les cadeaux fiscaux de l’État, l’appel aux travailleurs détachés se banalise (COP 21, Université d’été du PS, etc.) et les droits fondamentaux des salariés sont remis en cause au nom de la « flexibilité du marché de l’emploi » et de la « simplification » du code du travail. Dans le contexte de la crise sociale, économique et écologique que connaît la France d’autres priorités s’imposent absolument, aussi bien pour l’emploi, l’éducation, la santé publique, le logement, les transports en commun, la recherche scientifique. Ce sont ces secteurs-là qui doivent mobiliser le gouvernement plutôt qu’une candidature dispendieuse aux Jeux 2024 et l’exonération fiscale pour l’UEFA qui captera les bénéfices de l’Euro 2016 organisé l’été prochain dans un climat de haute tension sécuritaire. L’olympisme et le football ne doivent pas servir de diversions politiques et le « rêve sportif » de miroir aux alouettes.

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Nous refusons la candidature de Paris aux JO 2024 !

Appel initié par la revue Quel Sport ?

Publié sur le site du Huffington Post le 23 juin 2015

Depuis le 13 avril 2015, la ville de Paris est officiellement engagée dans ce qu’Anne Hidalgo nomme « l’aventure olympique ». À l’exception des Verts et de Danielle Simonnet (Parti de gauche), tous les élus de gauche et de droite siégeant au Conseil de Paris ont voté comme un seul homme pour que la capitale soit, après trois cuisants échecs (1992, 2008 et 2012) particulièrement coûteux pour les contribuables, à nouveau candidate à l’organisation de la kermesse olympique. Ils entendent cette fois proposer des Jeux 2024 « sobres », « durables » et « maîtrisés économiquement » avec un budget prévisionnel total d’environ 6,2 milliards d’euros (dont 3 milliards sur fonds publics). Ils voient en ces Jeux, selon les expressions des uns et des autres, un « opérateur de changements », un « puissant levier au service des progrès auxquels les Parisiens aspirent », un « accélérateur d’emploi et de transition écologique », un « réducteur des inégalités territoriales », un « nouveau souffle pour le sport ». Ils rêvent tous à ces moments enchanteurs de « partage », de « solidarité », de « joie de vivre » et mieux encore de « résurgence d’un idéal collectif, universel, soucieux de laisser un héritage pour le monde entier ». Suprême argument, cette candidature « historique » post-attentats contre Charlie Hebdo est censée porter « ce message universel du 11 janvier ». Une nouvelle fois donc, Paris sort son numéro de charmes pour séduire les intouchables caciques de l’honorable société olympique, entraînant toute la population francilienne dans cette danse du ventre étourdissante.

Il ne faut pourtant pas oublier que durant ces trente dernières années, aucun budget annoncé pour les JO d’été n’a été respecté. Il a, selon les études réalisées par l’économiste du sport Wladimir Andreff, plus que doublé pour les JO de Londres, d’Athènes, de Sydney, de Barcelone et de Séoul ; il a été multiplié par 12 pour les JO de Pékin. Les premières victimes de ces « excès » sont toujours les mêmes : les populations les plus pauvres et démunies ; l’environnement (pollutions, destructions, bétonnage massif, etc.). Malgré tout, le « rapport d’opportunité » remis à Anne Hidalgo par Bernard Lapasset, président du Comité français du sport international (CFSI), annonce un budget low cost optimiste qui frise l’amateurisme. Celui-ci ne présente aucune garantie et sous-estime largement l’appétit vorace et inflationniste des diverses firmes qui feront sortir de terre les pharaoniques infrastructures sportives, touristiques, commerciales, financières et médiatiques estampillées par le très puissant lobby olympique. De simples « études » fantaisistes issues d’un groupe sans aucune légitimité démocratique suffisent aux élus. Les voilà déjà hypnotisés par les anneaux olympiques…

De plus, dans un contexte de développement accru du terrorisme, du djihadisme islamique en particulier, le « rapport d’opportunité » auquel se réfère naïvement le Conseil de Paris ne prend pas du tout en considération l’explosion inéluctable des coûts globaux de sécurisation de tout le territoire français. Or, parce qu’ils sont très médiatisés et se trouvent au cœur d’enjeux politiques, idéologiques et émotionnels considérables, les JO à Paris deviendraient une cible idéale. Il faudra donc transformer la capitale en bunker militaro-policier, en fourmilière d’agents spéciaux et de forces de l’ordre, en laboratoire des nouvelles technologies de surveillance des populations. Afin de sécuriser les profits du CIO et de ses partenaires commerciaux tout en assurant la liberté de mouvement de quelques milliers d’athlètes sponsorisés, la mairie de Paris et l’État français vont ainsi organiser le parc humain. Cela ne se fera pas sans restriction des libertés fondamentales ni sans lois d’exception qui auront, pour la vie démocratique quotidienne, des conséquences très lourdes, comme l’atteste déjà le projet de loi antiterroriste.

Si les coûts financiers pour l’État, la ville de Paris et les contribuables sont sciemment sousestimés, les diverses « retombées » des JO sont largement surestimées. En la matière, les hallucinations bienheureuses enrobées dans les éléments de langage de la propagande olympique font office d’arguments rationnels. On spécule sur des créations d’emploi, alors que l’utilisation massive de « bénévoles » et d’intérimaires contribuera un peu plus à la précarisation des conditions de travail et à la dérégulation du code du travail pour répondre aux exigences ultralibérales du CIO, comme le prouvent déjà les diverses préparations olympiques, au Brésil ou au Qatar. On imagine des richesses à redistribuer en sachant fort bien que les organisateurs de la messe olympique seront exonérés d’impôts et que les surprofits grossiront les coffres-forts opaques d’actionnaires sans scrupules. On s’illusionne sur les nouveaux logements populaires ou étudiants, comme si le village olympique pouvait devenir la propriété du CROUS ou des offices HLM ! On pavoise sur la modernisation des transports en commun et l’extension du réseau alors que les lignes déjà existantes ont atteint un stade de dysfonctionnement chronique qui rend insupportables les déplacements des Franciliens. On parle avec angélisme du « désenclavement des banlieues » comme si la spéculation immobilière n’allait pas les repousser encore plus près des déchetteries tandis que les multinationales du béton armé continuent de rendre irrespirable l’espace public avec la prolifération des immeubles cages à lapins, des parkings et des zones commerciales. On se perd dans les délires d’un air parisien purifié par le sport « vert » alors que les « pics de pollution » classent dores et déjà la capitale française parmi les villes les plus polluées aux particules fines du monde. On croit dur comme fer enfin à l’idéal humaniste du « sport pour tous » quand les complexes sportifs démesurés et privatisés, essentiellement calibrés pour l’accueil des professionnels ou réservés à l’usage des machines à record marchandisées, captent les fonds qui pourraient servir au développement des équipements de proximité. Au lieu de répondre aux besoins réels des populations qui manquent de crèches, de centres médicaux, d’écoles, d’universités, d’institutions culturelles, de transports en commun fiables, la mairie de Paris et tout le gouvernement Hollande communiquent, comme ils en ont l’habitude depuis trois ans, autour de promesses illusoires que les JO n’ont jamais tenues. Les plus réalistes savent cependant que si la ville de Paris veut avoir une chance contre Boston, Rome et Hambourg, elle va devoir adopter dans les moindres détails le mode d’être olympique : ce mélange de capitalisme de connivence et de domination spectaculaire qui réduit les populations à l’état de « cerveaux disponibles » pour les annonceurs et les sponsors, de masses aliénées par l’opium sportif.

Paris doit avoir d’autres ambitions pour son avenir que celle de servir les intérêts de la holding du sport-spectacle de compétition et de vendre son patrimoine, sa culture, son territoire aux multinationales du sport capitaliste. Face aux volontés hégémoniques du CIO et de ses partenaires financiers et commerciaux, il est tout à fait infantile ou cynique de prétendre redonner ses vertus coubertiniennes originelles à un olympisme soi-disant « dénaturé par l’argent ». Ces illusions confirment simplement que cette nouvelle candidature, votée par des élus fascinés par les Jeux comme le lapin par le boa, est une pure mascarade : elle est économiquement dispendieuse, politiquement manipulatrice, socialement indécente et enfin extrêmement dangereuse pour la sécurité de la France et la liberté des individus.

Quel Sport ? et tous les signataires de cet appel refusent donc catégoriquement que la ville de Paris soit candidate aux JO 2024. Dans l’immédiat, nous appelons à :

1) signer la pétition mise en ligne par Danielle Simonnet

2) faire pression sur les élus du Conseil de Paris et sur Anne Hidalgo afin qu’ils reviennent sur leur décision (en leur envoyant cet appel par exemple) ;

3) alerter les fédérations sportives, le Comité National olympique et sportif français (CNOSF) et le Comité International olympique (CIO) qu’une opposition citoyenne à la candidature de Paris aux JO 2024 s’organise.

Nous ne cautionnerons pas l’arnaque olympique !

Signataires :

Pierre Arnaud, Professeur des Universités, historien du sport et de l’éducation physique; Guy Avanzini, Professeur honoraire à l’Université Lyon II; Gilles Bataillon, Directeur d’études à l’EHESS; Elisabeth Baux, psychologue clinicienne, IRIS Paris; Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste; Jean Bilard, professeur émérite de psychologie à l’Université de Montpellier I; Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III; Gérard Broyer, professeur honoraire des Universités; Marie-Claire Calmus, écrivain et artiste; Juan Chica Ventura, Artiste peintre; Denis Collin, philosophe; Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche; Jacques Etchéhéguy, sociologue; Georges Yoram Federmann, Psychiatre; René Garassino, professeur agrégé d’EPS; Marie-Carmen Garcia, professeure de sociologie à l’Université Toulouse III; Alain Girardet, professeur agrégé d’EPS; Jacques Gleyse, professeur des Universités en STAPS; Christian Godin, philosophe; Bertrand Gourrat, professeur agrégé d’EPS; Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’Université Paris Ouest Nanterre ; Georges Guyotot, prpfesseur d’EPS à la retraite; Denis Jallat, maître de conférences en histoire du sport à la Faculté des sciences du sport de Strasbourg; Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’Université Libre de Bruxelles; Michel Koebel, maître de conférences en sociologie à la Faculté des sciences du sport de Strasbourg; Catherine Louveau, professeure de sociologie à l’Université Paris Sud UFRSTAPS; Jacques Marette, éducateur sportif plongée subaquatique, natation; Christelle Marsault, maître de conférences en sociologie et histoire à l’Université de Strasbourg (ESPE); Raphael Massarelli, professeur émérite à l’Université Claude Bernard Lyon 1, neurobiologiste; Olivier Massiot, Psychanalyste et formateur en entreprises; Bernard Michon, président honoraire de l’Université Marc Bloch/Strasbourg, professeur des Universités, sociologue du sport et de l’éducation physique; Mahmoud Miliani, professeur agrégé d’EPS à l’UFRSTAPS de Montpellier; Christian de Montlibert, sociologue, professeur émérite de l’Université de Strasbourg; Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ? ; Didier Pagès, enseignant, syndicaliste; Christiane Passevant, productrice d’émission sur Radio Libertaire et Divergences 2; Laetitia Petit, maître de conférences en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille; Christian Pociello, professeur honoraire à l’Université Paris Sud Orsay, sociologue des sports; Nicolas Poirier, enseignant et chercheur en philosophie à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense; Tristan Poullaouec, enseignant-chercheur en sociologie à l’Université de Nantes; Alex Poyer, maître de conférences honoraire à l’Université d’Orléans, historien du sport; Serge Priniotakis, intermittent du spectacle et auto-entrepreneur; Danielle Simonnet, conseillère de Paris, secrétaire nationale du Parti de Gauche; Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II; Jérôme Segal, enseignant-chercheur en histoire des sciences et épistémologie à l’Université Paris IV Sorbonne; Gilles Seguin, professeur agrégé d’EPS et formateur IUFM ; Patrick Tacussel, professeur de sociologie à l’Université Montpellier III; Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées; Guilhem Véziers, professeur agrégé d’EPS et docteur en STAPS; Yves Vargas, Philosophe ; Florence Vivicorsi, professeur agrégée en classe préparatoire scientifique (92).

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